PIERRE
OTIS



 
 
 
 
 
 
 
Foufs 1992

 LA LIBERTÉ DE PEINDRE - août 2006 à août 2007 

Les grands peintres n'ont jamais eu d'autre mission que de renouveler le monde. « Le peintre dit : j'existe, donc tu existes. Je suis libre, donc tu es libre. Ou du moins il s'y efforce. Il n'a rien d'autre à prouver. L'art, avant d'être un instrument de volupté, est une affirmation des droits de l'homme » (Bazaine).

Cette mission, le peintre Pierre Otis s'y consacre totalement et de façon assidue en s'attaquant à la seule tâche qui soit la sienne : saisir et rendre le monde dans l'immédiateté et la singularité de ses diverses manifestations. Mais comment s'y prend-il ? Pour répondre à cette question, on pourrait être tenté de le comparer à certains de ses contemporains ou prédécesseurs, à supposer qu'on puisse l'associer à d'autres peintres. À ce sujet, la démarche de celui qui se qualifie de plasticien baroque consiste principalement à laisser s'exprimer la vie qui l'anime, ce qui l'amène à peindre « à la manière d'une libération des compositions ». On se plaît à reconnaître dans son expression picturale l'enchevêtrement ondulatoire de ses pensées, telle une poésie dansante de la flamme invitant le regardeur à s'élever jusqu'au sommet des songes de l'artiste. En ne recherchant « ni le choc, ni la nouveauté, mais plutôt une certaine harmonie de style, autant personnelle qu'universelle », il se réclame de l'essentiel, de ce qu'il y a d'élémentaire en nous.

En témoignent ses tableaux circulaires - des tondos - qui nous rappellent que c'est à travers l'image du cercle que l'homme, se sentant pris en charge par l'univers, se mit à faire de l'art. N'est-ce pas cela que voulût dire Van Gogh lorsqu'il a écrit que « la vie est probablement ronde » ? Et ce regard porté sur la vie est à l'image de notre champ de vision ; il est ce qui permet le renouvellement continu de la réalité, l'éternellement neuf qui « n'accepte rien de ce qui est résolu ».

C'est pourquoi le temps dans lequel aime s'échouer le peintre se trouve exaucé dans l'éternité de Rimbaud pour qui elle « est la mer allée avec le soleil ». Ces vers laissent entendre que Pierre Otis ferait émerger ses couleurs d'une sorte de vibration ontologique issue de l'expérience qu'il fait des choses : « les couleurs me parlent, dit-il, je les fais chanter ». De même « la couleur, à l'intérieur de l'œuvre, n'appartient plus au monde, mais elle est le bien d'un homme, le cœur d'un homme, la vérité élémentaire trouvée dans la contemplation de toute une vie » (Bachelard). Cette vérité, nous la retrouvons dans chacune de ses peintures: c'est une célébration du feu, et comme ce dernier, elle magnétise tous nos sens. L'harmonie tensionnelle qui en résulte révèle des compositions brûlantes où les couleurs s'entrelacent pour former les multiples plans qui enflamment la toile. La pluralité de dimensions que crée cette harmonie contribue à maintenir la puissance de la lumière. « Le feu, explique l'artiste, c'est toujours la même chose, mais ce n'est jamais pareil ».

La peinture, en tant que « matérialisation de l'esprit », est un miroir mobile où le réel et l'imaginaire se confondent dans la matière pour devenir une seule et même présence : celle d'un mystère qui fascine. En considérant sa propre production « comme une explosion lyrique de la réalité de notre époque », Pierre Otis s'est choisit un espace à investir, un lieu à habiter.

Peindre c'est toujours choisir.

NT