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Il a tourné en rond dans ses tondi pendant une traite, Pierre Otis, acharné au malaxeur et aux forces centripète et centrifuge qui ont conditionné ces centaines de tableaux circulaires où la matière a joui, entre matière et objet, dans un combat dont le quasi-spectateur est, je crois, sorti victorieux. Dans ces creusets étourdissants ne mimant ni Raphaël ni aucun autre, les sphères absorbaient l'obstination, un désir abrupt où s'affirmait la peinture à l'encontre de toute superficialité. Il y eût là matière à de nombreux chapitres.

D'une façon bien surprenante, la prochaine phase devait aboutir au portrait. Sur le coup, cela contrastait raide avec l'aversion de longue date d'Otis pour les figures et la figuration. Mais comment dénier à cet agent de l'inopiné toutes les permissions de la surprise? Comme « d'habitude », le revoici qui veut nous confronter avec une violente tendresse, ce qui est évidemment le revers d'un besoin de s'éprouver soi-même et d'échapper d'emblée au convenu. Alors vas-y, peintre, fait des faces, et esquive à ton tour!

D'abord, ces deux Artaud. Comme nous, il n'est jamais seul. Le miroir le rejette. Pas si simple, le reflet ! On échappe donc au pire, alors que des relents spiralés du tondo persistent dans les lignes grasses qui négocient le visage multiple. En se confrontant au poète, le peintre cherche son image différée tout en la refusant. C'est à la fois un mouvement et une pause, en même temps que tout sauf pose et alors le modèle se défait, s'évanouit dans notre appréciation de la ressemblance. Cela se fait tranquillement, cependant, la résistance tirant encore plus de poids de sa retenue, en contrepoint des dizaines d'atteintes au cercle et à l'image que proféraient les tableaux du cycle précédent. Ombilic des limbes, vous disiez? Or voilà qu'on y revient : à l'origine du regard, aux deux yeux bien plantés sans qu'il soit vraiment question de s'y reposer.

Comme par pudeur, les écrivains (et avant tout les poètes) dominent la série. Outre le rebondissement d'un Wolfgang, quelques peintres sont finalement abordés. Face-à-face où le même ne sait faire que défaut éclatant, parallèles qui sont la condition de la rencontre. Et ce qu'on y rencontre! Francis Bacon l'inévitable en personne, il fallait s'y attendre, et Giacometti, et van Gogh bien sûr, puis Basquiat et Duchamp et Pollock. Tout comme les autres, ce sont pourtant des sans-titres. Ils se moquent de la photographie, bien que plusieurs aient leur détour dans un modèle de cet acabit, car rien ne s'attitre leur personnalité, pas plus que le dialogue en train de s'incurver. C'est bien ça qui est maudit! Il faudra continuer à regarder...

Regardons. Regardons-nous. Regardons-nous nous observant dans les simulacres des chairs et hauts du corps où la vérité s'est mieux construite qu'ailleurs, c'est-à-dire dans l'autoportrait-robot raté qu'affirme la création conséquente, brandissant le théâtre épuisant d'exercer le lieu où l'on ne pourra pas se dire, où l'impossibilité de se dire a soudain pris consistance et une rage qui n'aura eu d'égal que l'inconfort de la naissance. À vrai peindre, à vrai dire, on sourit un peu mieux à cette musique qui nous défie, à la pointe trop aiguë de l'incarnation et de ses chutes — certaines aimables et qui nous escortent pour continuer d'être ici.

Thierry Dimanche
Février 2011

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