PIERRE
OTIS



 
 
 
 
 
 
 
ULaval 1989

Les quatre coins de la roue
Il y a celui qui cherche à voir quelque chose de figuratif à tout prix et qui finit par voir ce qu'il veut voir, comme lorsqu'on regarde les nuages. Il aimerait qu'on lui dise : « Oui, tu as trouvé ce qui était caché, tu as bien vu ! » Il n'a peut-être pas tort en fait, on peut bien voir ce qu'on veut dans l'univers... de Pierre.

Il y a celui qui pense à l'œuvre en soi et à l'artisan qui l'a créé, essayant de se représenter le travail et l'effort que l'auteur a fournit, savourant chaque geste, chaque ligne posée sur la toile. Ce regardeur-là se reconnait par le discours qu'il fait sur l'art. C'est parfois un artiste lui-même, conscient du temps et de l'énergie que requiert la confection d'un tableau. Il s'émerveille sur les formes, les perspectives et les petits détails qu'un œil vierge ne verrait pas. Dans ses élans, il sera parfois dithyrambique allant même jusqu'à nommer l'auteur de génie.

Il y a celui qui se laisse bercer par le rythme des couleurs. Celui qui entend la musique dans chaque ligne qui danse. Il se laisse envoûter par cette énergie, comme on est hypnotisé par l'intensité de la flamme. Vous reconnaitrez ce regardeur-là par le sourire qui monte doucement sur son visage, comme en état de grâce, il nage dans le mouvement des vagues multicolores. Son rythme cardiaque ralentit et ses yeux s'illuminent, il savoure.

Il y a celui qui entre dans le tableau comme on entre dans une église, avec tout le respect que commandent les choses sacrées. Le tableau lui donne accès à une autre dimension, comme une porte ouverte sur l'autre monde. Ce regardeur-là s'aperçoit très vite que les mots ne lui sont d'aucun secours, qu'ils ne valent rien pour décrire ce qu'il ressent. Comme en transe, il vit une expérience mystique. La toile devient pour lui l'occasion de méditer, d'arrêter la roue infernale de la pensée et de se laisser imprégner par la magie qui s'opère sous ses yeux.

Sylvie Pageau








accueil